YI Chang, sculpture de verre, artiste permanent de la Galerie Capazza depuis 2015

Chang Yi n'a pas grandi dans une maison érudite, mais son père, qui était homme d'affaires, possédait une main pointilleuse quand il s'agissait de calligraphie. Cela avait ses avantages car Chang Yi n’a jamais été contraint par la théorie chinoise classique ni par les philosophies des Lumières occidentales. Il a ainsi pu explorer sa nature précoce et son esprit curieux.
À l'âge de 5 ans, le père de Chang Yi a commencé à lui apprendre l’écriture "xie da zi", c’est-à-dire à écrire de gros caractères (ce terme est littéral, étant donné que les jeunes enfants sont habituellement incapables d'écrire de petits caractères, de telle sorte que la taille ordinaire des caractères, au début de leur apprentissage, est de 15 cm). Il a fait apprendre à Chang Yi 100 caractères par jour – on peut imaginer combien il est difficile pour un jeune garçon de cinq ans de se concentrer sur cette tâche. Chang Yi s'est ainsi retrouvé incapable d'accomplir ce travail, bien que ne pouvant désobéir à son père. Le plus souvent, il procrastinait, écrivant rapidement cent caractères à la lumière du soleil couchant, juste avant que son père ne rentre chez lui la nuit.
Il semble aujourd'hui que cette exposition précoce et peu orthodoxe à la calligraphie ait fait ressentir à Chang Yi une familiarité mêlée d'aversion à l’égard de l'art. Il a également découvert que parmi ses contemporains, il y en a peu qui connaissent la calligraphie. L'affinité avec le passé est, en effet, souvent perdue dans cet âge moderne et il est de plus en plus rare de trouver quelqu'un qui ait une maîtrise décente de la calligraphie, et, moins encore, de développer la pensée qui l’accompagne.
Lorsque l’acte d’écrire s'effectue au clavier et non plus à la main, au moyen du maobi sur le papier, une partie de l'esthétique traditionnelle chinoise s'efface ; c'est une évolution naturelle. Du reste, le concept de shui muo chinois (peinture à l'encre) est probablement encore plus obsolète.


 


Chang Yi n'a jamais joué selon les règles. Son vorace appétit pour la connaissance l'a amené à travers la littérature, le cinéma et l’art actuel, et le plus durable, le verre contemporain. Cependant, grâce à cette évolution, il s'est retrouvé hanté par une question sans réponse, une question qui doit être présentée en partie :
La dynastie Song marque indubitablement l’apogée de la culture chinoise, en particulier dans la peinture shan shui. Le chef-d'œuvre de Fan Kuan : Voyageurs au milieu des montagnes et des ruisseaux, exposé au Musée National du Palais de Taipei, attire des foules venant du monde entier et fait la fierté d'une nation. Mais cette peinture a trois mille ans – qui est le Fan Kuan d’aujourd’hui ?
Comme le modernisme devient la norme dans les pays occidentaux, la peinture chinoise contemporaine a réagi. Le talent abonde mais si on vous demandait de nommer l'artiste contemporain qui incarne l'essence du shan shui, le pourriez-vous ?
Embarqué dans le point de vue de l’héritage du patrimoine culturel et observant le développement du modernisme à travers le monde, Chang Yi a, durant ses trente ans de travail dans l'art du verre contemporain, découvert une symbiose unique entre verre et glaçure et dont la peinture n'est pas intime : à mi-chemin entre contrôle et hasard existent un “coup de pinceau" et un "espace" jamais vus auparavant.
Cela rappelle à Chang Yi Jackson Pollock et l'expressionnisme-abstrait. Par un processus créatif torturé, le style unique de Pollock a consisté dans l'usage du "dripping". Le dripping est unique car il n'est conforme à aucune technique savante. Au contraire, il relève de l’aléatoire. Toutefois, Pollock s’est émancipé de ce caractère aléatoire en dominant pour la première fois la maîtrise du dripping, marquant ainsi l’histoire de la peinture américaine. L’idée clef de Chang Yi est la suivante : Jackson Pollock est parvenu à maîtriser cette technique et le résultat reflète notre société souvent chaotique. Pollock est un visionnaire et ses peintures, dans une certaine mesure, le représentent en tant qu’individu. Celui qui existe dans la vérité de ce temps et de cet espace doit être reconnu.


 


Comment cela influence-t-il l’analyse que fait Chang Yi de la naissance de la série A Touch of Red ?


Trente ans de « mariage » avec le verre ont procuré à Chang Yi une connaissance de celui-ci que peu de personnes sur terre ont. Les fours, le verre et la glaçure font partie du travail quotidien de Chang Yi. En consolidant les connaissances culturelles et artistiques qu'il a accumulées au cours de sa vie, Chang Yi a mis en exergue les possibilités du verre à partir de l’esthétique chinoise.
Chang Yi, qui, il y a soixante ans, s'est opposé à l'appel de son père à la calligraphie, a réalisé que la calligraphie est aujourd'hui un art perdu. À une époque où peu honorent le caractère sacré de la culture et de la tradition, Chang Yi se retrouve lui-même à extraire des souvenirs de son passé et les combine avec l'art du verre pour redécouvrir le sens du "shan shui".
Soixante ans plus tard, Chang Yi insiste sur la présence de A Touch of Red. Peu importe comment le verre se métamorphose sous la chaleur extrême du four, il existera toujours, quelle qu’en soit la forme, une touche de rouge.


 


In my heart - Yi Chang

Biographie

Fondateur et pionnier de l’art du LIULI contemporain

Professeur à l'Académie des Arts et du Design Tsinghua Université, Pékin, Chine

Fondateur du China LIULI Museum de Shanghai, Chine

Nouvelliste taïwanais réputé

Personnage-clé dans la Nouvelle Vague du cinéma taïwanais

Récompensé par le Cheval d'or du Film asiatique en tant que meilleur réalisateur.

Pour ranimer l'art perdu du Liuli chinois (technique verrière traditionnelle chinoise), le réalisateur taïwanais Chang Yi décide de fonder le LIULIGONGFANG avec l'artiste Loretta H. Yang.
Le New York Times l’a surnommé "le Père du Mouvement du Verre asiatique". La vision de Chang unit l'art liuli contemporain avec l'art de métier traditionnel par une lentille culturelle. Ses efforts ont faits que le LIULIGONGFANG est un leader mondial du Liuli et son meilleur défenseur.
La vision de Chang Yi sur la vie a été fortement influencée par sa bataille perpétuelle contre des lésions vasculaires.

Il considère le Liuli comme un messager sur l’amour et la mort, la réalité et l'illusion, la lumière et l'ombre, le total resplendissement et la désillusion brisée.

Le style de Chang Yi est sans complexes, libre, plein d'entrain; il accorde son travail avec des possibilités illimitées et s’appuie sur le Bouddhisme, la littérature et le Zen comme ses guides créatifs.

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Associez le shan (la montagne) au shui (l’eau)...

... il en résulte une peinture de paysage unique en son genre et sans précédent dans l'histoire.

Le pinceau est utilisé en Chine depuis plus de 2 200 ans et fait partie intégrante de l’académie depuis lors. Le geste qui consiste à préparer le maobi et le mo, la maîtrise du maobi et la conception spatiale du travail établit des parallèles avec le style de vie esthétique et la culture du peuple chinois. Quand un érudit plonge le maobi (brosse) dans le mo (l'encre) et l'applique sur le papier, le travail est inévitablement élevé. Aussi, Dès leur plus jeune âge, les chinois apprennent-ils à utiliser le maobi pour la calligraphie, et son influence culturelle profonde est irrémédiablement liée à la tradition calligraphique comme instrument universitaire.
Se familiariser à l’utilisation du maobi, c’est comprendre la relation entre la brosse, l’encre et l’eau. Le maobi est un outil à travers lequel la construction des caractères chinois circule, ces mêmes caractères qui à leur tour, forment le style unique le l’art traditionnel chinois. Tous les universitaires chinois possèdent la faculté de créer des « wen ren hua », peintures savantes dans lesquelles le bambou, les fleurs, les oiseaux et le shan shui sont les sujets centraux. D’ailleurs, pendant la révolution scientifique chinoise des dynasties Tang et Song, les étudiants savaient que réussir un examen ne relevait pas seulement de la nature de leurs écrits, mais aussi de la qualité de leur calligraphie. 

Pendant la dynastie Song (960-1279), la Chine n’était pas considérée comme une puissance mondiale car le pouvoir privilégiait la culture aux armes. La calligraphie et la peinture ont alors atteint une apogée –les empereurs Song du Nord étaient eux-mêmes encensés pour la prouesse de leurs pinceaux. Il est, au demeurant, un consensus général, parmi les érudits de l’art chinois, selon lequel l’âge d’or du shan shui, tant sur le plan technique que sur le plan conceptuel, a eu lieu sous les Song du Nord. Les peintures créées au cours de cette période restent aujourd'hui une référence pour tous les shan shui chinois.
Pour autant, les dynasties qui ont suivi n'étaient pas dépourvues de talent. Cependant, comme l’expose le poète de la dynastie Tang : Sikong Tu, dans ses célèbres Vingt-quatre qualités de la Poésie, le but suprême est d'atteindre « l'image au-delà des images, le paysage au-delà du paysage », et le shan shui, sous les Song du Nord, a déjà accompli ce but.

L'esthétique de « l'image au-delà des images, du paysage au-delà du paysage » a évolué pendant des milliers d'années comme un moyen par lequel chaque passion et chaque émotion poursuivie, ouvre vers une infinité de conséquences.

La critique du shan shui chinois est rarement concernée si la montagne ou l'eau dans la peinture est fidèle à la réalité. Il se doit plutôt d’être une interprétation philosophique du paysage.

Yi Chang

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