OBERSON Guy, Peinture

Biographie

Guy Oberson est né en 1960 à Billens, Suisse
Il vit et travaille à Lentigny (Suisse), à Paris (France) et à Berlin (Allemagne).

En 1979, il suit une formation pour la restauration des peintures murales. Il travaille également dans le domaine socio-éducatif, particulièrement dans les milieux de la toxicomanie. Il n'abandonne toutefois jamais son activité de peintre et à partir de l'année 2000, il s'y consacre entièrement.

Dès 2002, il utilise la pierre noire qui devient une particularité de sa création.

En 2011, il s'installe à Berlin à la suite de l'obtention d'une résidence de l'État de Fribourg.

Dès 2012, Guy Oberson développe un nouveau thème intitulé « Terrestres ». Dans ce travail, il explore notre relation à la nature et à notre part animale, sédiments de nos comportements primitifs, de nos croyances et mythologies.

Entre 2013 et 2015, les œuvres et installations issues de « Terrestres » sont exposées notamment au musée de Charmey en Suisse, à la chapelle du Méjan à Arles en France, au Musée Mosbroïch de Leverkusen et à la Villa Merkel à Esslingen. Elles donnent aussi lieu à une publication au titre éponyme, avec la participation de l’écrivaine Nancy Huston, aux éditions Actes Sud.

Parallèlement, Guy Oberson poursuit un travail commencé dès 2008, en posant un regard sur les transformations climatiques et leurs interactions avec l'économie et la politique.

Il reçoit en 2014, le prix de la Fondation Bédikian et en 2016 le Prix culturel de l'État de Fribourg.

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Expositions

2021  Demeurer dans les arbres, Exposition personnelle, La Ferme de la Chapelle
Salon de l’estampe contemporaine, Exposition collective, Musée du Papier Peint, Mézières, Suisse
Pollen, exposition personnelle, Galerie C, Paris, France
Exposition personnelle, Galerie Capazza, Nançay, France
XXL, exposition collective, Musée Jenisch, Vevey, Suisse
TOT, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse

2019  La nef des fous, Exposition en duo avec Guy Oberson et Benoît Huot, Galerie C, Neuchâtel, Suisse

Passion, Bilder von der Jagd, Exposition collective, Musée des beaux-arts des Grisons, Coire, Suisse
L’Arbre, c’est le temps rendu visible, Exposition collective, Galerie Capazza, Nancay
Orbis Terrae, Exposition collective, Domus Poetica, Bellinzona, Suisse

2018  Naked clothes, exposition personnelle, Musée des beaux-arts, Le Locle, Suisse
Art Paris, Foire avec Galerie C, Grand Palais, Paris
Matière II, Exposition collective, Château de Cormondrèche, Suisse
Ame qui vive, Exposition personnel, Galerue Catherine Niederhauser, Lausanne, Suisse
Somium, Exposition collective, Domus Poetica, Bellinzone, Suisse
Densité d’une absence, Exposition personnelle, Fondation Eduard Vallet, Vercorin, Suisse

2017  Je ne peux fermer les yeux, exposition personnelle, Galerie de l'Etrave, Espace d'art contemporain, Thonon-les-Bains, France
Grand trouble, exposition collective, La Halle Saint Pierre, Paris, France
73e Biennale d'art contemporain, exposition collective, Musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds, Suisse
Chambre avec vue d'artistes, exposition collective, Musée du papier peint, Mézières / FR, SuissE
Solus, exposition collective, Domus Poetica, Espace Culturel, Bellinzone, Suisse
Drawing Now, Salon du dessin contemporain, Le Carreaux du Temple, Paris, France
Chutes et Floraison, exposition personnelle, Galerie Contrecontre, St-Maurice, Suisse

2016  Eaux lointaines, exposition personnelle, Galartis / Galerie du Rhône, Sion, Suisse
Drawing Now, Salon International du dessin contemporain, Paris, France
Zones Poreuses, carte blanche à Guy Oberson, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
72e Biennale d'art contemporain, exposition collective, Musée des beaux-arts, La Chaud-de-Fond, Suisse
Dons majeurs du Fonds Maximilien de Meuron 1916-2016, exposition collective, Musée d'art et d'histoire, Neuchâtel, Suisse
Credo, Galerie Vincent Sator, Paris, France
Maximilien de Meuron, du rêve à l'utopie, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse

2015  Erreur de Paradis, exposition personnelle, Musée d'art et d'histoire de Fribourg, Fribourg, Suisse
Semblance, Espace du Méjan, exposition personnelle, Arles, France
Jäger & Sammler, exposition collective, Villa Merkel, Esslingen, Allemagne
Map of the New Art, Luciano Benetton Collection, exposition collective, Fondazione Giorgio Cini, Venise, Italie

2014  Terrestres, Galerie Eric Mouchet, exposition personnelle, Paris, France
Jäger & Sammler, exposition collective, Musée Morsbroich, Leverkusen, Allemagne
La Vengeance de Mathilde, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
Drawing Now, Foire internationnale du dessin, avec la Galerie C, Paris, France
Piano Sketching, Performance avec E. Ferlet et E. Fessenmeyer, Théâtre de Belleville et Châtelet, Paris, France

2013  Terrestres, exposition personnelle, Musée de Charmey, Charmey, Suisse
Black out, exposition collective, Galerie Jordan/Seydoux, Berlin, Allemagne
Portraits, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
Drawing Now, Foire Internationnale du dessin, avec la Galerie C, Paris

2012  Perf O, Performance et exposition personnelle, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
Endless Walls, Infinty Sky, exposition personnelle, Galerie d'(A), Lausanne, Suisse
La terre nous est étroite, Performance, Studio Edmund Alleyn, Montréal, Canada
Sous-verre, exposition collective, Vitromusée, Romont, Suisse
Le paysage dans tous ces états, exposition collective, Musée de Charmey, Charmey, Suisse
Would The Christ Have Been Gay, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
XXL-XXS, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse

2011  Résidence d'artiste, Bourse de l'Etat de Fribourg, Berlin, Allemagne
Guy Oberson, Malerei, Uferhalle, Berlin, Allemagne
Born, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
Enigmatics Fantasies, Galerie Altro Mondo, exposition collective, Manille, Philippines
Cri, exposition collective, Galerie C, Neuchâtel, Suisse
Shanghai Contemporary 2011, avec la galerie Altro Mondo, foire, Shanghai, Chine
10 ans, Flashback, Galerie Polad-Hardouin, exposition collective, Paris,

2010  Ciels de cendre, Galerie Fallet, exposition personnelle, Genève, Suisse
Horizons incertains, Galerie des Amis des Arts, exposition personnelle, Neuchâtel, Suisse
élévation(s), Guy Oberson et Christian Egger, Fondation Grand-Cachot-de-Vent, exposition personnelle, La Chaux-du-Milieux, Suisse
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Nouveau Monde, théatre mis en scène par C. Egger, peinture-performance, Fribourg, Suisse
Guy Oberson, Galerie Artesol, exposition personnelle, Soleure, Suisse
Antoni Tàpies accompagné, Galerie Courant d'art, exposition collective, Chévenez, Suisse

2009  Morsures de lumière, Galerie Polad-Hardouin, exposition personnelle, Paris, France
Artistes fribourgeois contemporains, Musée d'art et d'histoire de Fribourg, Fribourg, Suisse
Murmures, Galerie de l'Hôtel de Ville, exposition collective, Yverdon, Suisse

2008  Salon du dessin contemporain, avec la galerie Polad-Hardouin, expositions et performance, Paris, France
Traits d'union, Galerie ô quai des arts, exposition collective, Vevey, Suisse
Abella - Balkert - Oberson, Galerie Jean-Jacques Hofstetter, exposition collective, Fribourg, Suisse

2007  Intranquille amour, Galerie Polad-Hardouin, exposition collective, Paris, France
Salon du dessin contemporain, avec la galerie Polad-Hardouin, Paris, France
Au delà du corps, Biennale d'art contemporain, Aix-sur-Vienne, France
A fleur de peau, Galerie Fallet, exposition personnelle, Genève, Suisse
La part d'ombre, Galerie Idées d'artistes, exposition collective, Paris, France
Oberson- Oulevay, Galerie des Amis des Arts, exposition personnelle, Neuchâtel, Suisse

2006  L'œuvre au noir, Galerie Idées d'artistes, exposition personnelle, Paris, France
De craie et de chaux vive, Galerie Selz art contemporain, exposition personnelle, Perrefitte, Suisse
Traces, Galerie Fallet, exposition collective, Genève, Suisse

2005  Connecté, Nouveau monde, Théâtre mis en scène par C. Egger, peinture-performance, Fribourg, Suisse
Jardin d'artiste, Festival Science et cité, Jardin botanique, intervention in situ, Fribourg, Suisse
Oberson- Vasquez, Galerie Ferme du désert, exposition personnelle, Lausanne, Suisse

2004  Fragments d'artistes, de L. Arickx à Vélickovic, Galerie Idées d'artistes, exposition collective, Paris, France
Guy Oberson, Galerie Nelly L'Eplattenier, exposition personnelle, Lausanne, Suisse
Oberson - Moser, Galerie Jean-Jacques Hofstetter, exposition personnelle, Fribourg, Suisse

2002  Légère intrusion, Librairie-galerie Du côté de chez Swan, exposition personnelle, Zurich, Suisse
Guy Oberson, Galerie Grande Fontaine, exposition personnelle, Sion, Suisse
Terres éphémères, Comptoir suisse, création d'une sculpture en direct, Lausanne, Suisse

2001  Guy Oberson, Galerie Jean-Jacques Hofstetter, exposition personnelle, Fribourg, Suisse
Guy Oberson, Galerie du Château, exposition personnelle, Avenches, Suisse

2000  Guy Oberson, Galerie La Schürra, exposition personnelle, Pierrafortscha, Suisse

1999  Concours Transfrontalier d'Art Plastique1999, Mairie de Divonne-les-Bains, Divonne-les-Bains, France

1998  Noir de fumée et blanc plâtre, Galerie la Tour, exposition personnelle, La Tour-de-Trême, Suisse

1997  
Guy Oberson, Galerie Côté Cour, exposition personnelle, Rolle, Suisse

1996  Guy Oberson, Galerie Tzanzero, exposition personnelle, Payerne, Suisse

1991  Salon d'hiver, Galerie de la Ratière, exposition collective, Romont, Suisse

1988  Forum de la jeune peinture romande, Galerie de la Ratière, exposition collective, Romont, Suisse

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Bibliographie

Monographies et catalogues

« Passion. Bilder von der jagd », Peter Egloff et Setfan Kunz, Musée d’art des Grisons de Coire. Edition Schneidegger & Spiess AG, Zürich, 2019

« GRAND TROUBLE », Catalogue exposition Halle Saint Pierre, collectif, éditions "Les cahiers dessinés", Paris, 2017

« GUY OBERSON, JE NE PEUX FERMER LES YEUX », texte de Philippe Piguet, Analogues, Revue hebdomadaire pour l'art contemporain, no.409, Arles, France, 2017

« ZONES POREUSES, CARTE BLANCHE À GUY OBERSON », textes de C. Egger, A. Nessi, G. Oberson, D. Sagardoyburu, Neuchâtel, 2016

« GUY OBERSON - SOUS LA PEAU DU MONDE », monographie, textes de Alain Berset, Nancy Huston et Philippe Piguet, Editions Till Schaap Genoud, Bern, 2015

« GUY OBERSON - ERREUR DE PARADIS », Catalogue, textes de Mélanie Roh et Victor Stoichita, Musée d'art et d'histoire de Fribourg, Fribourg, 2015

« JAEGGER & SAMMLER IN DER ZEITGENOESISCHEN KUNST », Text von F. Emslander, Wienand Verlag, Köln, 2014

« GUY OBERSON, MORSURES DE LUMIÈRE, PAYSAGES ET PORTRAITS », catalogue, textes de P. Javnovjak, D. Polad-Hardouin et C. Schuster-Cordone, galerie Polad-Hardouin, Paris, 2009, réimpression, Fribourg, 2011

« AZART 10 ANS, 280 RENCONTRES INSOLITES DE PEINTRES DU XXI SIÈCLES », Editions Azart, Paris, 2011

« INTRANQUILLE AMOUR », catalogue, textes de E. Couturier, J.-M. Hirt, M. Mine et D. Polad-Hardouin, galerie Polad-Hardouin, Paris, 2007

« AU DELÀ DU CORPS », 4ème biennale d'art contemporain, Aixe-sur-Vienne, Artension Hors-série, Lyon, 2007

« GUY OBERSON, LA TENTATION DU PORTRAIT, DESSINS ET PEINTURES 2002-2004 », textes de Jacques Sterchi, Kokto kopyright éditions, Fribourg, 2004


Livres d'artistes

« POSER NUE», Nancy Huston textes et Guy Oberson œuvres, les Editions du Chemin de fer, Paris, 2017

« LA FILLE POILUE », Nancy Huston textes et Guy Oberson œuvres, Les Editions du Chemin de fer, Paris, 2016

« TERRESTRES, GUY OBERSON ET NANCY HUSTON », Editions Actes Sud, Arles, 2014

« LEGÈRE INTRUSION, CORRESPONDANCE », textes et dessins de Guy Oberson et Jacques Sterchi, Kokto kopyright éditions, Zurich, 2002

« GRAND OEUVRE I, II, III, IV, CORRESPONDANCE », textes et dessins de Guy Oberson et Jacques Sterchi, Kokto kopyright éditions, Zurich, 2002

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Guy Oberson, du dessin pour acter une présence

Le souvenir ineffaçable d’un regard qui vous darde au plus profond de vous-même et semble chercher à scruter vos pensées les plus enfouies. La tête tournée de trois-quarts à droite, quelques cernes noirs floutés pour définir la forme. Le visage masqué, la face toute entière dissimulée comme par un bâillon. Le chef, la bouche, le nez et l’oreille brouillés dans la matière pigmentaire ; seuls émergent les yeux, excavés, comme deux trous noirs entre le dedans et le dehors. On songe aux œuvres tardives de Giacometti et à cette façon de face-à-face incontournable avec l’autre - avec soi-même ? - auquel il nous convoque. L’art de Guy Oberson est requis par une présence ineffable à laquelle on ne peut échapper.

Ici, une tête surgie de la blancheur laiteuse d’une feuille hâtivement recouverte ; là, la figure fragmentaire d’un corps étendu au sol, tramé par la pierre noire, qui se déploie sur toute la largeur d’un grand papier. Là encore, comme un visage occulté, d’une noirceur intense, aux allures d’un essaim d’abeilles – à moins que ce ne soit justement l’inverse. Face aux œuvres d’Oberson surgissent toutes sortes de questions dont la première est celle du modèle. Quelles sont donc ces figures ? Que sont ces paysages, ces natures mortes ? Quelles relations entretiennent-elles au réel ? Sont-elles le fruit de la seule imagination de l’artiste ou travaille-t-il d’après un modèle existant ? La réponse est sans ambiguïté : « Cela ne sert à rien de faire des choses figuratives sans modèle », dit-il fort d’une expérience passée où il était abstrait et qu’il n’a pas poursuivie parce qu’il a toujours recherché « la vraie vie », « l’odeur de la vie », comme il dit, « la vie, la mort, le sexe, le côté sombre. »

Le réel donc, qu’il soit éprouvé en direct, revivifié par le truchement de la photographie ou réactivé par la mémoire. Le réel, qu’il soit figure, paysage ou nature morte, dans cette relation tangible au monde du vivant et dans l’épreuve sensible d’un ressenti. Un réel décalé toutefois, Oberson ne l’empruntant que pour en établir une image qui lui soit propre et qu’il détermine en recadrant celui-ci. Cet exercice est révélateur de la façon dont il s’empare du réel soit en focalisant son regard sur un détail et en l’extrayant de son contexte pour mieux faire jaillir la vérité d’être de son sujet, soit en le plaçant dans un espace recadré qui en amplifie la force de signe, soit en conjuguant ces deux modalités. 

A première vue, les dessins de Guy Oberson se donnent à voir dans un brouillage informe qui n’en rend pas toujours évidente la lecture. Il y va d’une épiphanie comme il en est d’une image qui lentement apparaît à la lumière rouge de la chambre noire en surface d’un papier photographique trempé dans un bac de révélateur. Petit à petit, l’image gagne en densité, puis en valeur, enfin se précise pour prendre finalement forme. Comme si le motif ne se délivrait au regard qu’à la condition qu’on lui accorde le temps nécessaire à sa définition. En quelque sorte, les dessins d’Oberson exigent qu’on les appréhende de l’intérieur, dans le dedans de leur matière afin d’en embrasser l’espace. Aussi le regard qui s’y porte doit s’y consacrer pleinement, en durée, aux risques sinon de ne pas vivre ce qui est à voir. Il convient ici de dépasser la surface des choses, d’aller de l’autre côté de l’image pour mesurer au plus juste ce qu’il en est de sa réalité. Le réel n’est pas affaire de ressemblance, ni de mimétisme, encore moins de représentation, il est de l’ordre d’une présence. D’un étant-là qui signe un être-au-monde. En art, le réel relève non de la mimesis mais de la methexis pour ce que celle-ci contribue au désir d’attraper la vérité de la chose en réformant la différence entre le fond et la forme. Au point même que le fond vient se fondre dans la forme. Ainsi c’est des profondeurs d’un abîme insondable qu’émergent les figures de Guy Oberson. Qu’il se saisisse d’une photographie de Toni Morrison, qu’il en fasse tout un travail de dessin de mémoire, l’image qu’il en déduit procède d’une présence enfouie. Ce n’est pas la copie de son portrait, c’est sa comparution. A l’œuvre même et à notre regard. De l’image de l’écrivain, l’artiste révèle la vérité, il lui donne corps, il lui ouvre de l’espace. Qu’il prenne pour sujet un paysage de montagnes comme celles qui sont à l’horizon de la vue de son atelier, il en dresse d’imposantes façades au relief peigné de taches noires et d’éclairs. La pierre noire en épouse la verticale d’aplomb et, sur la ligne de crête, fuse dans le ciel en traînées vaporeuses. Il en résulte paradoxalement un effet de déréalisation et le motif, tout en perdant du poids, gagne en substance. D’autant que Guy Oberson développe volontiers ce genre de paysage sur de grands formats, les déclinant sur le mode du diptyque ou du triptyque participant ainsi à en excéder la masse.

 A l’inventaire des éléments majeurs qui caractérisent le travail de Guy Oberson, il y a la pierre noire, un matériau jadis prisé par les artistes de la Renaissance. L’intérêt qu’il lui porte à la dualité de ses qualités plastiques. La pierre noire est tout d’abord un matériau irréversible aux angles très aiguisés qui laisse une trace sitôt qu’on l’applique sur un support. On ne peut ni vraiment l’effacer, ni l’estomper, aussi cela n’autorise aucun repentir absolu. C’est dire si elle est le médium idéal par rapport à l’idée de mémoire et qu’Oberson compose avec plaisir avec cette contrainte. Il ne lui faut donc pas faire de faux traits sinon à les prendre en compte dans le travail, ce qui arrive parfois compte tenu qu’il pratique un dessin très gestuel. Ensuite, elle lui offre la possibilité de noirs mats, beaucoup plus profonds que ne lui permettrait le fusain, dont il se sert toutefois pour établir la base de ses compositions. Des noirs qui sont à l’écho de l’expression la plus intime de sa sensibilité et qui sourdent des abysses secrets de l’être. Aussi la parfaite adéquation entre le matériau employé et les intentions de l’artiste instruit-elle son œuvre à l’ordre d’une sorte de noir mental, tout à la fois mémoriel et immanent. Les œuvres de Guy Oberson impactent notre mémoire parce qu’elles sont fondées sur les notions de résistance et d’intemporalité. Ses images sont celles d’une histoire universelle du monde. Elles sont tout à la fois d’hier, d’aujourd’hui et de demain et portent en elles ce quelque chose d’une « éternité qui passe » - comme Jean Genet le note à propos de Giacometti. Paraphrasant le philosophe Michel Guérin parlant de la mémoire de la peinture, nous pourrions dire que celle de ses dessins « n’est pas faite de vieux souvenirs, elle se confond avec une si haute antiquité que le temps a pris racine en elles. »

Comment dire ce qui n’a pas besoin de mots ? Les dessins de Guy Oberson sont proprement innommables. Ils sont et se suffisent de cet être-là. Non point innommables dans le sens où Samuel Beckett use de ce terme pour qualifier ce qu’il en est d’une réduction du langage à un simple verbiage mais parce que leur indéfinition leur confère une dimension singulière qui les situe dans un passage. Entre épiphanie, immersion et dilution, les portraits, les paysages et les natures mortes d’Oberson semblent en transit sur le support où ils nous apparaissent. Comme s’ils n’existaient finalement que le temps d’un regard. Sitôt celui-ci détourné, ils disparaissent ; sitôt reposé, ils reviennent. A l’image même des mécanismes de la mémoire et de son contrepoint qu’est l’oubli. L’oubli est une force positive qui oblige à l’exercice de mémoire et c’est cet antagonisme existentiel qui gouverne la démarche de l’artiste. Comme le note justement Simon-Daniel Kipman dans son dernier ouvrage, L’oubli et ses vertus, « c’est l'oubli qui nous permet la disponibilité à la découverte, à l'invention, à la surprise, à la création. » Guy Oberson, le noir, la mémoire et l’oubli.

Philippe Piguet

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