YANG Loretta, verre, sculpture de verre, artiste permanente de la Galerie Capazza depuis 2004

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Au-delà de la forme


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Dans les années 1980, un collectif incluant notamment Chang Yi et l’artiste Loretta Yang évoque la possibilité d’utiliser le verre comme matériau de création artistique, donnant lieu en 1987 à l’entreprise Liuligongfang. C’est à cette date, alors qu’elle est à l’apogée de sa gloire en tant qu’actrice, que Loretta Yang décide d’y mettre fin pour se consacrer à l’art du verre. Son passé de comédienne lui a sans doute permis d’accroître son sens de l’observation, faisant de ses premières pièces, selon ses propres termes, des imitations plutôt que des créations. Loretta Yang est une pionnière dans l’art de verre chinois contemporain. Sa première sculpture était un Bouddha, thème qui fut par la suite repris de multiples fois car il représente ses croyances personnelles et sa philosophie de la vie.
Loretta Yang a découvert que la propriété première du verre - sa transparence - était capable de rendre compte de significations philosophiques. Une des paroles de Bouddha était : « Que vienne le moment où j’atteindrais l’éveil et où mon corps, mon âme, mon esprit deviendront semblables au cristal. Purs. Transparents. Parfaits. » Loretta Yang a exploité toutes les qualités du verre et tous ses déploiements possibles dans l’espace. Ses représentations de Bouddha semblent transparentes et légères, notamment grâce au jeu de matière que permettent des techniques mixtes associant la cire perdue et la coulée. Ayant une totale confiance dans le résultat produit par les expériences de Loretta Yang, l’entreprise Liuligongfang a permis à l’artiste de poursuivre ses expériences jusqu’au bout et de donner libre cours à la force de son imagination et au développement de techniques originales. Elle a ainsi fait naître un nouveau style dans la culture asiatique, fondé sur la   pensée bouddhiste associée à des techniques expressives. Le travail du verre, ayant recours aux propriétés transformatrices du feu, évoque l’origine et la force créatrice, l’inspiration, la foi, l’essence de toute chose. Le Bouddhisme met l’accent sur l’impermanence des êtres et du monde : les beaux objets se cassent facilement, les plus beaux moments sont éphémères.
Les fleurs, qui ornent de nombreuses oeuvres dans cette exposition, symbolisent ainsi l’insaisissable et la brièveté de la vie. La vie d’une fleur est ce passage situé entre l’éclosion et la fanaison. Au moment même où le bourgeon devient fleur, où cette dernière resplendit de couleurs et exhale son plus pur parfum, sa fin se profile déjà à l’horizon. Autrement dit, l’apogée de sa beauté correspond exactement au moment qui précède son déclin. C’est pourquoi la vue d’une fleur peut déclencher chez celui qui la regarde un bonheur mêlé de tristesse.
Dans cet optique, Loretta Yang estime qu’il devient possible de profiter de chaque instant dès lors que l’on considère comme inévitable la souffrance que cause la perte des êtres chers, de la santé, de la jeunesse, de la vie. L’art du verre permet de rendre compte de cette philosophie, en raison de sa fragilité associée à sa beauté. Dans la pensée bouddhiste, toute chose n’est qu’illusion. La véritable sagesse consiste alors à être capable de voir au travers de ces formes inconstantes qui peuplent la vie. Cet esprit a guidé la logique créative de Loretta Yang, laquelle tente dans un premier temps de se saisir d’une forme, puis de dépasser la forme première, indécise et illusoire, pour se fixer sur quelque chose qui n’est cependant pas dénué de forme. Tout son art devient dès lors une métaphore de son attitude face à la vie, de sa propre conception du Bouddhisme.
Les techniques de la pâte-de-verre, du moulage et de la cire-perdue ne sont pas de simples procédés artistiques menant à l’achèvement d’une œuvre d’art, mais ils deviennent, entre les mains de Loretta Yang, la mise en pratique d’un état d’esprit, d’une philosophie volontaire et existentielle. En Europe et aux États-Unis, certaines barrières culturelles ont empêché la compréhension des œuvres de verre, notamment parce que certains les trouvaient « trop religieuses ». Néanmoins, Loretta Yang a refusé de changer son style. Elle a à présent la conviction profonde que celui-ci peut être perçu en apposant sa signature sur ses œuvres. Pour la première fois depuis les dix-sept années qui ont constitué la longue histoire de Liuligongfang, Loretta Yang (Yang Hui-Shan) a signé chaque œuvre de la série. Il faut souhaiter que cette exposition permette au public français de découvrir cette artiste incontournable de la Chine moderne   ».
Aurélie Soulatges, Maître ès-Lettres, directeur de la publication et directeur artistique de la revue Action restreinte.

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"Informe mais pas sans forme"

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En rompant il y a 17 ans avec le monde des images et des lumières du cinéma taïwanais dans lequel elle avait acquis une place majeure, Loretta Yang renonçait par là même à une vie qu'elle jugeait désormais trop superficielle, et s'aventurait vers d'autres formes artistiques pour se confronter avec une matière exigeante, le verre.

A la lumière d'une telle décision au caractère aussi singulier qu'inattendu se révèle une conscience aiguë de ce que vaut la vie et de ce qu'il s'agit d'en faire. La quête spirituelle dans laquelle elle s'engageait alors allait se déployer dans la connaissance d'une matière et la création de ses oeuvres. " Tout ce qui survient et s'achève comme le résultat d'une
cause et d'un effet est comparable aux paysages que l'on voit en rêves, aux illusions crées par des magiciens, aux bulles dans un torrent ainsi qu'à l'irréalité des ombres" (Diamond Prajna Sutra). Comme dans la tradition bouddhiste chinoise, pour Loretta Yang, le monde est fluide impermanent et transitoire, tout le tangible n'est qu'apparence; si nous sommes voués à la disparition, emportés par le flot temporel, l'art est néanmoins, à ses yeux, un moyen d'enraciner la vie dans un présent à vivre en profondeur dans une sérénité contemplative.
" Faire des images du Bouddha n'est pas pour moi, une simple activité artistique. Les faire, les créer, serait plutôt une forme de contemplation, de méditation, de recherche de la sagesse qui me libérerait des soucis et de ce malêtre qui m' empêche de goûter à la paix et au calme de l' esprit, d'être en paix avec moi même"
La vérité ultime du bouddhisme qui est accès à la compréhension de la nature transitoire et mouvante des choses s'enracine dans la conscience illuminée du vide. Cette vacuité n'est pas un néant, un simple espace vide mais bien plutôt la nature même de cet espace au sein duquel tout est en puissance, les phénomènes comme la conscience. Le vide est le champ de tous les possibles, il est la condition même des phénomènes, une "forme informe mais qui n'est pas sans forme" nous dit Loretta Yang.
L'exigence de maîtrise et de contrôle de ses moyens est dans son oeuvre à la mesure du but recherché : être au plus près de cette intuition de la nature essentielle des choses et des êtres. "Je compte sur ces images, ces figures du Bouddha, qui sans aucun doute sont bien "là", pour comprendre et percevoir en moi-même le vide, et accéder à la sagesse : "tout n'est que vide".C'est à travers la transparence du verre que Loretta Yang donne à voir cette vacuité à laquelle elle donne corps en y interposant des images évanescentes et transitoires, dans une métaphore à la fois poétique et philosophique.
Le verre, matériau à la fois liquide et solide, piège l'éphémère et donne à voir cette fluidité qu'évoque Starobinski : " Quant au verre ou aux pierres transparentes, leur solidité ne contredit pas leur fluidité: la transparence solide est une fluidité immobilisée, la substance en fusion s'est prise en une masse dure". Ce qui apparaît dans la masse du verre est tout à la fois présent et en voie de disparition. Dans ce moment de bascule silencieux et inespéré, propice à la méditation, simples apparitions d'une apparence, figures et textes poétiques semblent sur le point de se dissoudre, comme des images de rêve, comme des souvenirs qu'on a peine à faire revenir une fois encore. C'est ainsi que Loretta Yang s'est attachée à maîtriser cette double technique de la cire perdue et du casting à chaud: les figures du Bouddha sont dans un premier temps réalisées à cire perdue, sablées, avant d'être plongées à chaud dans le verre en fusion de s'y inclure et s'y figer à jamais. Travailler la matière c'est aussi en s'y projetant "sublimer" son propre corps et sa propre conscience; ce fut le sens que les alchimistes donnaient à leur quête en orient comme en occident; ils auraient pu dire avec elle: "Peut-être qu'atteignant l'illumination mon corps deviendra cristal."
L'œuvre de Loretta Yang témoigne par-delà son enracinement revendiqué dans une tradition millénaire et extrême-orientale de la capacité évocatrice de l'objet à transmettre par sa matière le sens et la profondeur d'une intuition singulière, d'une expérience intérieure   ».
Antoine Leperlier, mai 2004

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Biographie

Née en 1952 à Taipei, Taiwan.

Professeur -Consultant au Département d’Art du Verre à l’Université Qing-Hwa, Beijing CHINE
Yang Hui-shen (Loretta Yang), Chang-Yi sont un réalisateur et une actrice reconnus dans le monde du cinéma taïwanais, à l’époque des années 80. Ils ont obtenu les prix de la meilleure actrice et du meilleur réalisateur au Asia-Pacific Film Festival.
En 1987, ils fondent tous les deux le premier studio d’art du verre - Liuligongfang -, afin de donner une deuxième naissance à la technique de la pâte-de-verre - technique perdue qui existait en Chine ancienne - dans le but de créer des œuvres. Loretta Yang et Chang Yi sont deux personnalités brillantes du monde du cinéma. C’est au sommet de leur carrière qu’ils décident de changer de voie pour s’orienter vers la création liée à l’art du verre, un domaine encore peu développé à Taiwan, à l’époque. Désormais, leur collaboration suit une autre route que celle du cinéma, mais toujours ils avancent vers un même but, une même volonté, cette-fois dans le travail du verre. Yang Hui-Shen (Loretta Yang) et Chang-Yi sont des pionniers dans l’art du verre chinois contemporain.

Les œuvres de Loretta sont fondées sur la philosophie de la culture chinoise, emplie d’Histoire chinoise et qui montre l’émotion intérieure humaine et les relations entre les êtres. La série des Bouddhas se situe au cœur de la philosophie asiatique, qu’elle exprime par la technique du verre, en montrant un sentiment pour l’incertitude face à la vie et aux êtres, un concept qui dépasse la vie réelle, à mi-chemin entre l’abstrait et le réel. Plusieurs œuvres de Loretta se trouvent au Victoria & Albert Museum en Angleterre, au Bower Museum en Californie... et dans bien d’autres musées prestigieux.

Liuligongfang possède plus de cinquante “showrooms” à Shanghai, Beijing, Taipei Taiwan, Hong Kong, Singapour en Asie et Los Angeles, etc... En partant du noir comme couleur de base, l’imagerie chinoise peuple l’espace intérieur, entre verre et lumière, provoquant une ambiance propre à la philosophie asiatique, calme et profonde.

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Collections publiques



2016
Musée des Arts Décoratifs, Paris, France
2010   Glassmusee Ebeltoft, Danemark   The Shangai Expo China Pavilion, Shangai
2007   Museum of Arts & Design, New York, USA   
2007   Corning Museum of Glass, New York, USA
2001   The Bowers Museum of Cultural Art, Los Angeles, USA   
2000   Museo del Vidro, Monterrey, Mexico   
2000   The Dunhuang Research Institute, Gansu, China   
1999   Guanshanyue Arts Museum, Shenzhen, China
1999   Guangdong Museum of Art, Guangzhou, China
1998   Victoria & Albert Museum, London, UK   
1997   The National Museum of Women in the Arts, Washington D.C, USA
1996   The Tsui Museum of Art, Hong Kong
1995   Shanghai Art Museum, Shanghai, China
1995   The Medicine Buddha Temple, Japan
1993/1998   The Palace Museum, Beijing, China

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