Artiste française née au bord de la Creuse et vivant au bord de la Loire, qui travaille à
Tours et sur le littoral des Côtes d’Armor, entre douceur tourangelle et air marin. Docteur es
lettres, elle a publié plusieurs anthologies et essais sur les poésies expérimentales dites visuelle,
élémentaire, spatiale, concrète, totale. Après avoir enseigné la littérature à l’Université auprès d’étudiants de Master se préparant au métier d’enseignant, elle se consacre entièrement, en tant qu’artiste, à l’exploration des écritures du vivant, aux traces et dépôts bio-minéraux, végétaux et animaliers de ce vivant, en conservant sa sensibilité à l’expérimentation, à la matérialité, au geste.
Plus largement, elle fait son miel des connexions entre science et nature, art et paysage,
image et mot, cherchant à faire cohabiter l’infiniment grand et l’infiniment petit, l’immuable
et l’éphémère, les constellations célestes et les dépôts calcaires, les écritures et les constructions
animalières…
Elle collecte dans son environnement des matériaux naturels élémentaires et des
matériaux industriels délaissés, des graphes, des formes, des textures, des couleurs en cherchant
non pas à les fixer mais à les éprouver, les laisser parler, les prolonger. Pour ouvrir aux multiples
passages entre les différents règnes (minéral, végétal, fongique, humanimal) et les faire entrer
en résonance sans hiérarchie, elle « manipule » plusieurs mediums : dessin, peinture,
photographie, vidéo, installation, sculpture, son.
Cherchant à rendre visibles les forces et correspondances lithiques, telluriques,
aquatiques, à dévoiler des dépôts de toutes natures en les transposant dans des dessins ou
assemblages, à se tourner vers les systèmes de points, de lignes, de cheminement et d’écriture
au sens large, ses créations hybrides questionnent les origines à la fois de la vie et de l’art.
Les travaux proposés pour l'exposition Jardins Invisibles, explorent et rendent visibles les dessous secrets des fonds aquatiques, qu’ils soient marins ou fluviatiles, en mettant en valeur traces, signes, poussées et dépôts témoignant de différents espaces et compressant différentes strates de temps.
Cette archéologie poétique des fonds, ordinairement soustraits à la vue d’un promeneur,
procède toujours par immersion : d’ardoises dans l’eau de mer et de papier dans l’eau du fleuve.
Dans ces bains révélateurs se dévoilent/développent des entités immatérielles, des figures
effacées, des géographies oubliées, des plis sédimentaires, des jardins d’eau, d’air et de pierre.
Plaques de schistes issues de dépôts sédimentaires des fonds marins, les ardoises ont été
déposées/disposées telles des stèles sur l’estran de façon à être colonisées par une algue
coralline (une des sources principales de vie depuis l’origine de la terre), autrement nommée
« feuille de pierre » du fait de son aspect minéral, calcifié puis blanchi lorsqu’elle se fossilise
(comme c’est le cas ici). Les lents dépliement et pullulement des grains de lumière de ces algues
sur les ardoises, associés à des tubes calcaires spiralés, figurent une sorte de remous du temps
profond et de voie lactée des profondeurs marines.
Sorte d’astro/aquaphotographie sans photographie -image-sédiment sur une plaque de schiste. Tout en respectant les modalités d’habitation de la coralline, j’en accompagne les variations rythmiques par limitation et orientation de sa propagation punctiforme.Elle accueille cette germination de points et compose avec leurs dépôt et expansion en laissant s’épanouir tantôt des planètes, tantôt des jardins de
pierres levées aux portes et passages menant vers des intramondes, tantôt des
silhouettes/fantômes ou des faces nues tramées de poussière d’étoiles, celles même dont le
vivant et les planètes sont constitués à 97%.
Les processus géologiques de transport fluvial et de dépôt de matière alluvionnaire sont
également au coeur des dessins, fruits du double flux de l’eau et des particules de poudres
minérales (encre noire Carbon Platinum, pigments houillés, graphite, cendre…) imprégnant les
fibres du papier. Ces pigments minéraux carbonés sont liés aux contaminants naturels et
historiques enregistrés dans les sédiments de Loire, mais aussi aux mediums employés
fréquemment et depuis longtemps dans le domaine artistique. Isabelle Maunet cherche à exprimer les
insaisissables forces de la nature en transposant les draperies turbulentes, les cascades
sédimentaires, les nappes alluvionnaires, les couches discordantes des formations dunaires
subaquatiques en mutation permanente charriant pour une grande part des particules de roches
montagneuses. À offrir des coupes stratigraphiques de leurs méandres et poussées à la topologie
convulsive, à plonger au coeur des grains de leurs sédiments silen-cieux, liant eau, terre et
poussières carbonées des espaces aquatiques et stellaires.
Il y a, au centre de la démarche, le souci d’épaissir le mystère des très riches heures de
la vie secrète et sédimentaire de ces territoires subaquatiques en se jouant des frontières entre
la roche, le sable, l’eau et le ciel que n’a jamais dressées l’ordre du vivant.